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économiques

Réforme introduite par la LFSS 2026

La réforme introduite par la LFSS 2026, qui supprime la publicité du privilège des URSSAF, à compter du 1er Juillet prochain soulève une question de fond : peut-on durablement piloter le risque économique en réduisant la transparence ?

Ce dispositif constituait jusqu’ici un point d’alerte avancé dans l’analyse de la santé financière d’une entreprise. Sa disparition ne fait pas disparaître le risque sous-jacent — elle en modifie simplement la visibilité, tout comme en son temps, dans une moindre mesure, la modification à la hausse du seuil de publication des privilèges du trésor public.

Concrètement, cela revient à placer une partie des acteurs économiques dans une situation de lecture incomplète du risque, alors même que les engagements commerciaux et financiers, eux, restent bien réels.

Les conséquences opérationnelles sont loin d’être neutres :

  • Les décisions de crédit interentreprises se feront avec un niveau d’information dégradé
  • Les démarches de recouvrement pourront être engagées sans connaissance d’un passif prioritaire déjà constitué
  • Le positionnement des créanciers deviendra plus incertain au moment critique de la répartition des actifs

Autrement dit, le risque ne diminue pas : il se déplace, et surtout, il devient plus difficile à anticiper.

Dans ce contexte, il est probable que les entreprises adaptent leurs comportements de manière défensive :

  • conditions de paiement plus strictes
  • réduction des encours accordés
  • renchérissement du coût global du crédit commercial

Ces ajustements ne seront pas sans impact sur la fluidité des échanges économiques, en particulier pour les structures les plus fragiles et particulièrement dans le contexte économique dégradé 2026.

Sur le plan du recouvrement public, l’efficacité attendue de cette mesure reste à démontrer ; rappelons ici que l’URSAFF est à l’origine de +/- 30% du total des procédures collectives engagées. En revanche, son effet sur la capacité des acteurs privés à évaluer et maîtriser leur exposition apparaît, lui, immédiat.

La gestion du risque repose sur un équilibre subtil entre information, anticipation et action. Modifier l’un de ces paramètres sans reconfigurer les autres revient à fragiliser l’ensemble du système.

Dans ce nouvel environnement, la responsabilité de Pouey est de compenser cette perte de lisibilité par une analyse encore plus fine des comportements de paiement, des dynamiques financières et des signaux indirects.

C’est historiquement ce qui caractérise notre positionnement et nos solutions en réalisant des enquêtes systématiques, et en agrégeant signaux faibles et critères extra-financiers à nos analyses de premiers niveaux.  

Mais il faut rester lucide : certaines informations structurantes, une fois retirées, ne se remplacent qu’imparfaitement.

Cette évolution invite donc à une vigilance accrue. Non pas dans une logique défensive, mais dans une exigence renforcée de pilotage du risque.

Car in fine, la question reste simple :
Un risque moins visible est-il réellement un risque mieux maîtrisé ?… et casser le thermomètre n’a jamais fait chuter la fièvre.

Franck Lemoine, Sales & Marketing Director Pouey International.

06/05/2026